Sébastien Billard : « publiez [du texte] sans compter, tant que cela est utile ! »

Dernière révision : 6 septembre 2019

Auteur du blog Référencement, design et Cie, Sébastien Billard a longtemps été expert SEO pour l’agence Relevant traffic avant d’aller exercer ses talents de référenceur chez les grands e-commerçants de la région lilloise. Depuis notre rencontre aux légendaires Journées du contenu web, je n’ai jamais cessé d’apprécier son esprit critique, et j’étais curieuse de savoir ce qu’il penserait du cocktail sobriété éditoriale et visibilité SEO. Voici donc ses réponses à mes questions.

Sébastien, serait-il possible d’après toi de concilier sobriété éditoriale et visibilité SEO ? Et si oui, comment ?

La visibilité SEO d’une page ou d’un site dépend de trois grands facteurs : structure, popularité et contenu. Le contenu, pour les moteurs, ce sont les textes. Or les textes ne pèsent pas lourd en terme de stockage et de bande passante comparé aux vidéos et aux images. Par exemple, si je regarde sur gutenberg.org, le livre Germinal de Zola ne pèse que 1.1 Mo au format HTML. Au format livre de poche, cela représente 600 pages environ. La même quantité d’information sous forme d’images ou de vidéo pèserait plusieurs gigaoctets. Tout cela pour dire que la question de la sobriété éditoriale en ce qui concerne le seul texte de mon point de vue ne se pose pas vraiment. Publiez sans compter, tant que cela est utile ! Il en va autrement de la sobriété du code des pages web. Là il y a un vrai problème. Selon HTTP Archive, fin 2010, le poids moyen d’une page web était d’environ 470kB. Actuellement il est d’environ 1830kB ! (source : https://httparchive.org/reports/page-weight#bytesTotal). Je n’ai pourtant pas l’impression que les pages soient plus riches en terme d’information qu’il y a 9 ans.

Le référenceur Alexandre Leblanc ne croit pas que l’on puisse concilier sobriété éditoriale et visibilité SEO à cause des mécanismes d’évaluation employés par Google pour évaluer la pertinence d’un site par rapport à une intention de recherche. Il cite également les techniques de cocon sémantique, très énergivores selon lui. Qu’en penses-tu ?

Je ne suis pas vraiment d’accord avec la position d’Alexandre : certes un texte long consomme plus de ressources qu’un texte court. Mais cela reste du texte, qui se compresse très facilement et consomme au final très peu de bande passante comparé aux images, à l’audio et aux vidéos. Même le plus obèse des cocons ne pèse pas grand chose. La version texte sans images de Wikipedia, au format Zim, ne pèse « que » 9 Go alors qu’elle contient une quantité considérable d’information. Reste que certaines pratiques SEO, relevant souvent du blackhat, consomment des ressources sans bénéfice pour les utilisateurs, comme la publication automatisée et massive de contenus de qualité nulle ou très faible.

Comment vois-tu l’avenir du digital par rapport aux enjeux écologiques ? As-tu l’impression que le secteur du numérique est conscient de ces enjeux ?

Je ne suis pas expert en matière d’énergie, mes propos ne seront donc que mon ressenti. Je nous trouve un peu schizophrènes : d’un côté il y a une inquiétude légitime en matière d’écologie, mais de l’autre on exprime cette inquiétude en usant du web d’une façon peu économe en énergie : combien de vidéos HD diffusées sur les réseaux sociaux dénonçant tel ou tel scandale écologique ? Si on voulait vraiment faire baisser la facture énergétique du web il faudrait peut-être revenir à un web d’il y a 10 ou 15 ans, mais les gens accepteront-ils de ne plus tout consommer en streaming, de regarder des vidéos dans une résolution moindre, de ne plus être hyperconnectés ? 

Les acteurs du web comme Google affirment vouloir développer leur usage des énergies renouvelables, mais le problème est que ces sources d’énergie sont intermittentes. Cela signifie que dans les pays où la production d’énergie électrique est très carbonée comme en Allemagne ou aux USA, le développement des énergies renouvelables peut paradoxalement aboutir à une hausse des émissions de CO2, puisqu’il faut bien produire de l’électricité en l’absence de vent ou de soleil. Il en va autrement des pays avec un parc hydroélectrique ou nucléaire fort qui génèrent très peu de CO2 comme la Suède ou la France. On pourrait aussi s’interroger sur l’e-commerce : tous ces colis individuels envoyé (et souvent renvoyés) ne sont-ils pas plus consommateurs en énergie et en matières premières que le commerce traditionnel ?

Question subsidiaire : que fais-tu toi-même au quotidien pour réduire ton empreinte écologique (ou pas) ?

Je ne me considère pas spécialement comme un bon élève, notamment au niveau des déchets que je « subis », et du fait que je me déplace la plupart du temps en voiture. Néanmoins j’apporte un soin particulier à développer la biodiversité au jardin, et n’y utilise pas de produits chimiques. Je suis végétarien (plus pour des raison éthiques qu’écologiques cela dit). Je n’ai pas de smartphone mais un feature phone qui a peut-être 9 ans et qui tient la charge au moins 5 jours. A l’exception de Youtube je n’utilise pas de services de streaming. Je télécharge mes vidéos au format 360p car c’est bien suffisant sur une tablette. Mes pages web sont spartiates.

Merci Sébastien !

Pour ceux que le sujet de l’énergie intéresse, je vous recommande la leçon inaugurale de Jean-Marc Jancovici à Sciences-po du 29 août 2019 – à télécharger donc

(c) Photo de Une Markus Spiske

5 Commentaires

  • Reply Patrick B 6 septembre 2019 at 23 h 18 min

    Bonjour Eve.
    J’ai découvert ton site par hasard cette semaine et je suis ravi de lire ces interviews, réflexions autour de l’impact écologique de nos pratiques en ligne.
    Je me demandais notamment comment allier low-tech et sobriété avec visibilité SEO … Visiblement divers points de vue ici et des pistes interessantes. Bref, merci pour ton approche, je continue mes lectures avec enthousiasme.

  • Reply Eve Demange 9 septembre 2019 at 9 h 24 min

    Merci pour ton message, Patrick ! As-tu lu des articles ou des livres intéressants sur ce sujet ? Belle journée à toi

    • Reply Patrick B 10 septembre 2019 at 11 h 31 min

      Bonjour. Non pas encore de livres, je découvre à peine qu’on peut être que sobriété et efficacité sur le web ne sont pas forcément antonymes.
      Mais si je trouve je me ferais un plaisir de partager

  • Reply Eve Demange 10 septembre 2019 at 13 h 35 min

    Merci Patrick !

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